• Cécile Klinguer

Que peut-on attendre de la COP15 ?


Par Cécile Klinguer

cklinguer@greenfish.eu

La deuxième partie de la Convention des Nations Unies sur la Biodiversité (CBD COP15) se tiendra du 25 avril au 8 mai à Kunming, en Chine. En raison du COVID-19, cette importante conférence a été scindée en deux parties ; la première a eu lieu en octobre 2021 dans un format hybride, en partie virtuel. L'objectif de cette conférence est l'adoption du Cadre Mondial pour la Biodiversité post-2020 (CMB post-2020), qui devrait fournir une vue d'ensemble de l’état de la biodiversité actuelle et une feuille de route mondiale pour la protection, la restauration et la gestion durable de la nature d'ici 2030.


La première partie de la COP15 s’est concrétisée par la Déclaration de Kunming, dans laquelle les signataires ont affirmé leur objectif de « placer la diversité biologique sur la voie du rétablissement d’ici à 2030 au plus tard». Toutefois, cette déclaration n'est qu'un engagement théorique permettant aux pays de fixer leur ambition ; les véritables objectifs, les moyens nécessaires à leur mise en œuvre, les obligations légales pour chaque partie prenante et les autres éléments spécifiques du CMB post-2020, c'est-à-dire son contenu réel, seront négociés lors de la deuxième partie de la COP15.



Le Cadre Mondial pour la Biodiversité et la théorie du changement


Le CMB post-2020 vise à définir un plan d'action pour les dix prochaines années, spécifiant les objectifs et les rôles des gouvernements, des entreprises et des particuliers pour la protection de la biodiversité. Il s'appuie sur la théorie du changement, une méthodologie de planification, d’implémentation et d'évaluation du changement social, qui a été adaptée au contexte spécifique de la conservation et de la protection de la nature. La théorie du changement vise à :


  • Mettre en œuvre les actions nécessaires pour réduire les menaces sur la biodiversité ;

  • Veiller à ce que la nature soit utilisée de manière durable et équitable, en s’assurant de répondre aux besoins des populations humaines ;

  • Suivre l’avancement des actions implémentées à l'aide d’outils de mesure transparents et quantitatifs ;

  • S'assurer que toutes les parties prenantes sont impliquées, c'est-à-dire, outre les gouvernements : les ONG, les peuples autochtones et les communautés locales, les groupes de femmes, les jeunes, ainsi que les acteurs du monde des affaires et de la finance.


Cette théorie du changement appliquée à la protection de la nature a été proposée dans la première version du CMB post-2020.

Les objectifs du Cadre Mondial pour la Biodiversité


Les premières versions du CMB post-2020 mettent en avant certains objectifs clés, qui devraient être confirmés lors de la seconde partie de la COP15. Ces objectifs ont tous 2030 pour échéance.




Protéger les écosystèmes

En 2019, seulement 15 % des zones terrestres et 7 % des zones maritimes étaient protégées à l'échelle mondiale. L'objectif du CMB post-2020 est de protéger 30 % de la planète d'ici 2030 (c’est l’objectif 30x30). Cependant, cet objectif doit être davantage discuté et négocié, car certaines questions clés restent sans réponse.


Par exemple :


Que signifie protéger « 30 % de la planète » ?

  • 30 % de la surface totale de la planète ?

  • 30 % des zones terrestres et 30 % des zones maritimes ?

  • 30 % du territoire de chaque pays ?

Qu'en est-il de la qualité écologique des zones protégées ?

  • Comment gérer le risque que certains pays protègent des zones d'importance écologique mineure uniquement pour atteindre leur objectif ?

  • Comment évaluer la qualité écologique d'une zone ?

  • Qu'adviendra-t-il des peuples autochtones vivant dans des zones protégées ?

Ces questions doivent être réglées lors de la COP15 - partie 2 à Kunming avant qu'un accord puisse être trouvé entre les nations.


Mettre en oeuvre des actions


Les approches écosystémiques sont définies par la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) comme des actions qui visent à considérer la biodiversité et les services écosystémiques dans le cadre d'une stratégie globale de conservation permettant aux populations de s’adapter aux effets néfastes du changement climatique. Ces mesures sont privilégiées par certains experts en biodiversité, car elles peuvent contribuer à lutter à la fois contre le changement climatique et contre l'érosion de la biodiversité, grâce à des fonds ciblés initialement pour le climat (ils sont plus nombreux, à l'heure actuelle, que ceux consacrés à la seule conservation de la biodiversité). Par exemple, les mangroves situées dans les zones côtières servent de puits de carbone et contribuent à la lutte contre le changement climatique ; dans le même temps, la restauration des mangroves permet aux communautés locales de bénéficier des services écologiques qu'elles fournissent - protection contre les inondations et les tempêtes, nurserie pour les poissons, etc.


Toutefois, certaines ONG et les gouvernements des pays en développement craignent que ces mesures écosystémiques ne participent au « colonialisme du carbone » ; ils redoutent que les pays développés utilisent ces mesures pour contourner leurs objectifs de réduction des émissions en implémentant des systèmes de stockage de carbone, dans les pays en développement, et de ce fait exproprient les résidents autochtones de ces territoires.


Le CMB post-2020 devra résoudre ces questions pour définir comment, par qui, où et quand les approches écosystémiques peuvent être mises en œuvre.


Augmenter les ressources financières pour la nature


La première version du CMB post-2020 prévoit qu'un montant supplémentaire de 700 milliards de dollars par an au niveau mondial serait nécessaire pour la protection et la restauration de la biodiversité. Les négociations devraient maintenant permettre de déterminer plus précisément la contribution financière de chaque nation. Pour l'instant, certaines nations se sont engagées sur les montants suivants :

  • La Chine va créer un fonds de 230 millions de dollars pour la biodiversité ;

  • Le Japon ajoutera 17 millions de dollars à son fonds existant ;

  • Le Royaume-Uni a promis un montant supplémentaire de 274 000 dollars pour le fonds d’affectation spécial de la CDB ;

  • La France s'est engagée à réorienter 30 % de son financement actuel de lutte contre le changement climatique vers la biodiversité.

La question du financement de la protection de la biodiversité est, bien entendu, d'une importance cruciale. La deuxième partie de la COP15 suscite de grandes attentes et de grands espoirs, car cette question est, à l'heure actuelle, essentiellement non résolue (les 700 milliards de dollars nécessaires sont loin d'être atteints).


Les objectifs de l'Union Européenne


L'Union Européenne s'est engagée à négocier des objectifs plus ambitieux lors de la réunion à Kunming. Tout d'abord, son interprétation de l'objectif 30x30 est que 30 % des terres et 30 % des mers seront protégés d'ici 2030. En outre, l'UE veut s'assurer que les 70 % restants seront utilisés de manière durable, au bénéfice des communautés locales. En particulier, la question des ressources génétiques doit être réglée. Depuis 1992, chaque pays est en effet propriétaire des ressources génétiques de son territoire, ce qui signifie que :

  • chaque pays peut décider de la manière dont les autres nations peuvent accéder à ses ressources génétiques et les utiliser ;

  • les bénéfices de la recherche ou de l'innovation basés sur ces ressources doivent être partagés avec le territoire d'où provient le matériel génétique.

Pourtant, avec le développement de la numérisation et avec la mondialisation, cette réglementation est de plus en plus difficile à appliquer. Les informations génétiques sont aujourd'hui librement accessibles sur internet, et de nombreux pays (développés) avancent que les données doivent être en effet partagées; cependant, les pays possédant un riche réservoir de matériel génétique mais ne disposant pas de nombreuses technologies informatiques ou de centres d'innovation exigent d'être inclus dans le partage des bénéfices que leurs ressources permettent (par exemple, des vaccins et des médicaments). Un groupe de travail a été mis en place, dirigé par la Norvège et l'Afrique du Sud, pour discuter de ce sujet et veiller à ce que ce mécanisme de partage équitable soit appliqué au cours de la prochaine décennie.


Conclusion


La COP15 de Kunming en avril est une réunion cruciale pour la biodiversité, dont dépend la conservation de la nature pour la prochaine décennie. Des objectifs ambitieux pourraient être adoptés, mais ils doivent être soutenus par un engagement fort des pays et par un cadre d'action clair pour toutes les parties prenantes. De grandes attentes reposent sur le Cadre Mondial pour la Biodiversité post-2020, d'autant plus si l'on considère le fait que les objectifs précédents, pris à Aichi, Japon, en 2010, n'ont pas été atteints...


Pour plus d’informations sur les actions que vous pouvez mettre en place ou sur la façon dont Greenfish peut vous accompagner vers plus de durabilité, n’hésitez pas à contacter Cécile Klinguer (cklinguer@greenfish.eu).




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